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je te remercie doublement de ton aide. non seulement tu as donné ton appréciation, mais tu m'as mo
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salut leeloochatana. merci de tes visites.http:/ /drkaroloth.ce nterblog.net
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un,deux,trois. ....... du soleil à la lune on s'endort en mélisse...... ... une journée un, deux, trois.......
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Date de création : 19.04.2011
Dernière mise à jour :
10.01.2020
772 articles
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Histoire de Marha
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Par D.R.Karoloth
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Marha est une étrangère mystérieuse pour les gens de la ville.
Elle possède l’apparence d’une belle jeune fille, va seule sur les routes sans connaître la crainte des brigands, et elle est apparue un jour à la porte des remparts, tirant une ânesse lourdement chargée.
Mais qu’est-elle venue se perdre dans ce pays ?
Le seigneur des lieux est un terrible tyran qui impose une loi inique.
Ici, les hommes règnent en maîtres et n’ont pas de considération pour les femmes. D’ailleurs, nulle d’entre elles n’ose élever la voix devant l’un d’eux de peur de subir un violent châtiment.
Marha ignorait-elle en approchant de cette contrée le danger auquel elle s’exposait ?
On pourrait le penser. Pourtant…
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Bruegel
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HISTOIRE DE MÂRHA
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Il existait autrefois dans une lointaine contrée, une ville florissante où vivaient dix-mille familles. Elle était gouvernée par un seigneur de grande noblesse qui avait tous les pouvoirs, celui de bénir autant que celui de bannir. C'est lui qui décidait ce qui était bon et ce qui ne l'était pas. Pour ceux qui ne respectaient pas sa loi, il pouvait se faire cruel et ses sentences étaient redoutées. La mort pouvait être l'une d'elles, mais, bien souvent, c'est le bâton qui était distribué.
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On ne gouverne pas seul, si puissant soit-on. Ce seigneur qui croyait en l'équité de ses jugements avait à son service une troupe de nervis armés qui maintenait l'ordre et de nombreux ministres à qui il dictait ses règles. Le peuple ne savait que se soumettre, les femmes plus que les hommes, car on ne leur reconnaissait que le droit d'obéir à leur mari, d'enfanter et de faire preuve de piété. S'il était riche, un homme pouvait s'offrir plusieurs femmes s'il le désirait, car leur valeur était à peine supérieure à celle d'un animal de trait et bien moindre que celle d'un cheval fougueux. En échange, l’homme se devait d'épouser l’élue de son choix, de la recevoir dans sa maison et de lui faire trois enfants.
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Les femmes acceptaient ce sort, car elles n’en avaient jamais connu d'autres, mais au fond de leur cœur, elles étaient tristes et la révolte empoisonnait leur être. Souvent, certaines d'entre elles, les plus éclairées, parlaient et demandaient pourquoi les hommes profitaient de leur force pour les maintenir dans cet état d'esclavage. En vérité, celles-là ne comprenaient pas la loi qui donnait aux maris, aux pères et aux frères cette ascendance sur elles. Pourtant elles ne pouvaient combattre l'injustice qui leur était faite sans risquer de subir de terribles sanctions.
Il se produisait parfois que l'une d'elles refuse de se soumettre ou se comporte d'une façon qui n'était pas convenable. Soutenir le regard d'un homme pouvait être suffisant. Le châtiment était alors sans appel, car on ne supportait pas qu'une femme veuille se faire égale à un homme. Dans le meilleur des cas, en punition, elle devait subir quelques coups de fouet, mais s'il lui arrivait de recommencer à nier le pouvoir des hommes, il n'était pas
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Histoire de Mârha
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improbable qu'elle endure un plus effroyable traitement et perde la vie dans d’insupportables souffrances. Battues, lapidées, percées de flèches, tout cela aux yeux de tous et toutes, voilà l’aperçu des violences dont pouvaient être victimes les femelles les plus impétueuses.
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On le voit, c'était un temps et un lieu de tourments pour les femmes. Pour accéder au respect, elles devaient se plier à tant de règles que celles qui y parvenaient devenaient moins que des ombres et perdaient le goût de tout. De temps à autre, on en découvrait une pendue par le cou à une corde. Le suicide étant un crime, il était puni comme tel par la loi. On exposait alors le corps sans vie de la malheureuse sur la place des châtiments, attaché à une branche de l'arbre des suppliciés et là, il recevait des jets de pierre jusqu'à ce qu'il fût méconnaissable. Ensuite, au bout de deux ou trois jours, il était décroché et abandonné loin des murs de la ville aux appétits des bêtes, des vers et des mouches. Les hommes étaient durs, mais plus stupides encore, aussi la rudesse des temps pour leurs femmes et filles demeurait insoutenable. Et comme depuis des générations les hommes apprenaient à leur fils à dominer leurs sœurs et à leurs filles la crainte de leurs frères, la situation ne se préparait pas à changer.
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Pourtant, il arriva un matin une jeune demoiselle étrangère qui se présenta à l'une des portes de la ville. De belle apparence et richement vêtue, elle tirait derrière elle une ânesse portant une lourde charge. En fouillant ses bagages, les gardiens de l'entrée qui avaient été attirés par son exceptionnelle joliesse et son accoutrement excentrique, à la limite de l'obscène à leurs yeux, découvrirent de multiples preuves de magnificence. Des habits de soie rehaussés de pierres, des parures d'or serties de diamants, d'émeraudes, de saphirs et bien d’autres trésors encore. Aussitôt, on alerta le palais. Une telle fortune en possession d'une simple femelle allant seule sur les routes était trouvée très suspecte. En attendant la venue d'un représentant du prince de la cité, les sentinelles retinrent la jeune fille dans le poste de garde. Quelques-uns en profitèrent pour dévaliser un peu les sacs et soulager de cette façon le bât de la bête.
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— De quel droit me maintenez-vous ainsi cloîtrée ? se rebella la fille en s'adressant au commandant de ses geôliers. Je ne suis coupable de rien. Relâchez-moi, je vous l'ordonne !
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Histoire de Mârha
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Le chef aux grosses moustaches à ces mots entra dans une forte colère. Il n'était pas dans ses habitudes d'entendre une femme l'interpeller si vertement. Il siffla comme un serpent.
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— Silence ! J'ignore quel est le pays dont tu viens et par quel hasard tu te trouves dans ce lieu, mais sache qu'ici les êtres de ta nature ne sont pas autorisés à élever le ton, ni à toiser comme tu le fais ceux qui sont au-dessus d'eux. Baisse les yeux Femme avant que mon bras ne tombe sur toi !
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Mais la jeune fille continuait à fixer sans vergogne le commandeur des gardiens. Celui-ci, sous l'effet d'un accès de rage, leva sa main et s'apprêtait à rabattre le caquet de l'effrontée de brutale façon quand il fut retenu par un subalterne qui l'emmena à l'écart.
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— Mon chef, lui dit celui-ci, pardonne-moi de m'être interposé entre toi et cette jouvencelle bravache et irrespectueuse, mais voici ce que je pense et ce qui a motivé mon geste : nous ne savons rien de son identité, peut-être est-elle d'une famille de haute lignée d'un pays étranger. Mieux vaut, dans l'attente de la décision de notre prince, l'ignorer.
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Le supérieur jugea que c'était là un sage avis et fit enfermer la fille dans un réduit. Jusqu'à l'arrivée du représentant du seigneur, on l'entendit crier et vociférer. Enfin, quand le cor de midi résonna, le prince en personne parut en compagnie de trois de ses proches conseillers. On appela l'étrangère et comme elle refusait de plier un genou devant son maître et agissait avec insolence comme si elle avait été son égale, le chef du poste saisit son fouet et lui assena un violent coup de lanière sur les cuisses. La demoiselle poussa un cri et jeta un regard méchant au bougre qui aviva sa colère. D'un geste de la main, le prince calma le soldat et lui ordonna de s'éloigner.
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— Qui es-tu ? demanda-t-il alors. Quel est ton nom ? De quel pays viens-tu et d'où tiens-tu le trésor que transporte ton âne ?
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— Voilà bien des questions, dit-elle d'un ton provocateur. Je m'appelle Mârha. Je suis d'un pays qui n'est pas celui-ci et ces richesses sont miennes. Ces réponses te conviennent-elles maître de ces murs ?
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Le prince l'observa un instant d'un œil glacé.
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— J'accepte de croire à ton nom, mais pour le reste je te trouve fort irrévérencieuse. Ne serais-tu pas plutôt une voleuse dont un génie malin aurait guidé le pas jusqu'à notre ville pour que tu y viennes chercher un châtiment ?
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— Je ne suis nullement ce que tu dis, mais je lis dans ton cœur et j'y vois
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Histoire de Mârha
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la convoitise. Je devine les idées qui traversent ton esprit et te soufflent le moyen de me dévaliser. Ta puissance en ces lieux est grande, mais la mienne l'est bien plus encore. Sache-le !
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Tous les hommes qui se trouvaient à la ronde et qui avaient entendu ces propos éclatèrent de rire. De voir ce gibier pris au filet montrer des crocs à l'apparence de quenottes leur semblait si grotesque qu'ils n'avaient pu s'en retenir. Pourtant, le prince ne partageait pas la bonne humeur générale. Il avait examiné le trésor et son envie était grande de l'accaparer, mais avant cela, il voulait être sûr que celle qui le lui avait apporté n'était pas l'avant-garde de l'ambassade d'un pays voisin. Il fit appeler le chef de poste et lui commanda d'envoyer de toutes parts des cavaliers en reconnaissance afin de découvrir si aucun cortège ne se dirigeait vers sa citadelle. Cela fut fait sur le champ et en attendant le retour de ces éclaireurs, la jeune fille fut conduite à la suite du prince jusqu'en son palais où un appartement fut mis à sa disposition avec ordre exprès de s'y maintenir cloîtrée.
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Au bout de trois jours, tous les chevaux étaient de retour et aucun n'avait aperçu la moindre trace ni entendu de témoignages à propos du passage de quelque troupe que ce fut. À cette nouvelle, le seigneur tapa dans ses mains avec un air réjoui. L'or était à lui. Il fit convoquer l'étrangère et lui dit :
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— Va, tu es libre, mais ne reste pas dans les murs de la cité ! Ta présence n'y est pas souhaitée. Les femmes ont chez nous des obligations, auxquelles tu ne saurais te plier. Prends la porte du nord et continue ton chemin, c'est par là que ton âne s'est enfui avec sur son dos ce qu'il avait amené.
En entendant ces mots, la jeune fille eut la certitude immédiate que le seigneur des lieux tentait de lui soustraire son trésor, aussi elle s'emporta.
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— Je sais ce que tu cherches à faire. Ne te fie pas à mon air juvénile. Je ne suis pas niaise et n'ai guère l'habitude de gober les balivernes, furent-elles contées par un noblaillon. Rends-moi mon compagnon Martin et son bât et je m'en irai dès cet instant.
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— Par les cornes du taureau ! s'emporta le prince sous le coup de l'injure.
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Histoire de Mârha
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À qui crois-tu parler donzelle ? ... Ma garde !
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Quatre nervis en armes surgirent de derrière une tenture.
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— Qu'on se saisisse de cette impudente et qu'on la chasse !
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Aussitôt, les hommes l'empoignèrent avec rudesse. Sans ménagement, ils la traînèrent jusqu'à la porte de l'enceinte du palais qui s'ouvrait sur une place dallée de pierres où ils la jetèrent au sol.
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— Va-t'en, garce ! menaça l'un des soldats. Si ta figure reparaît à moins de dix lieues d'ici tu pourrais bien le regretter. Quitte la ville au plus vite et ne reviens jamais.
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Sur ses mots, les quatre sbires tournèrent le dos et s'éloignèrent pendant qu'on refermait derrière eux le lourd portail de bois rouge. Mais Mârha ne comptait pas en rester là. Elle se releva vivement en hurlant quantité d'insultes. Elle se préparait à forcer l'entrée, quand une très jeune fille, une enfant encore se précipita vers elle. En la saisissant au bras, elle lui dit :
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— Tais-toi ma sœur. Tais-toi. Les hommes en notre pays sont terribles et ils pourraient bien te mettre à mort. C'est une chance que notre prince ne t'a pas fait estourbir.
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À ces mots, Mârha s'apaisa. Le son de la voix de la jeunette l'avait séduite.
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— Viens avec moi, continua cette dernière avec douceur, éloignons-nous de ce lieu, je ne veux pas qu'il t'arrive malheur.
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— Je constate que tu as du cœur, petite, répondit l'étrangère, cela réconforte le mien. Je commençais à douter de trouver en dedans de ces murs une compagnie compatissante. Quel est ton nom, gentille personne ?
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— Suis-moi, ne nous attardons pas.
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Joignant le geste à la parole, la fillette la prit par la main et l'entraîna à travers les ruelles étroites de la cité. L'odeur des eaux sales qui stagnaient au fond des rigoles d'évacuation empuantissait l'air et partout, sur les façades, une crasse grisâtre et noire dessinait de grandes auréoles aux dégradés répugnants. Une foule hétéroclite constituée surtout de femmes engoncées dans de lourds vêtements de tissus tristes, chargées de ballots, de jarres, de fagots de bois, allait et venait et se hâtait vers des destinations inconnues. À l'entrée des maisons, des hommes adossés contre un mur, assis sur une pierre ou debout les bras croisés dans une attitude fière, la moustache épaisse et frisée, parés comme des coqs, un large couteau en travers de la ceinture, parlaient haut en appuyant leurs dires de mouvements du menton.
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Histoire de Mârha
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Au passage des filles, immanquablement, le silence se faisait et des regards étonnés et réprobateurs se tournaient vers Mârha. Sa beauté et sa grâce interpellaient. Mais plus que tout, c'est sa tenue qui choquait, car dans ce pays, les femmes ne pouvaient exposer les parties de leur corps susceptibles d'éveiller le désir, c'est-à-dire presque tout. Or, l'étrangère montrait sans honte ses jambes autant que son cou et la naissance de sa poitrine ce qui était ressenti comme un outrage par les mâles refoulés. Plusieurs furent tentés de l'interpeller, mais la richesse de ses atours et sa posture hautaine les intimidaient. On ne pouvait imaginer qu'elle puisse aller ainsi à travers la ville sans la protection du seigneur des lieux.
Elles arrivèrent dans une ruelle obscure plus étroite qu'ailleurs où seuls quelques pauvres enfants en haillons, les joues creusées, erraient sans but.
La petite ne parlait pas et marchait à grands pas au-devant de la jeune fille. Enfin, elle s'arrêta et approcha d'une ouverture faite dans le mur d'une masure et masquée par un large et épais morceau de tissu. Elle le souleva d'un geste vif et invita Mârha à pénétrer dans une sombre pièce. Confiante Mârha s'avança ne redoutant pas d'être menée dans un traquenard et fut suivie par l'enfant. L'obscurité les enveloppa toutes deux lorsque le bout d'étoffe retomba.
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— Et maintenant ? Demanda Mârha.
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La flamme d'une lampe à l'huile sembla sortir d'un mur et une vieille femme à la démarche traînante, les épaules voûtées, le dos courbé, fit son apparition dans la lumière vacillante.
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— Que m'amènes-tu là ? Fit la voix grêle de l'ancêtre. Par l'eau et le feu, serait-ce une princesse ?
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— Je ne sais pas Mâ, répondit la fillette, je l'ai trouvée sur la place des grandes pierres. Les soldats-ombres du Seigneur l'avaient poussée hors du palais et avaient fait goûter à son corps la dureté de la roche en le jetant dessus. Regarde, son genou est écorché. Elle s'est mise à parler de telle façon que j'ai craint pour sa vie. Elle ne semblait pas comprendre les périls auxquels elle s'exposait.
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— Et tu nous l'as ramenée ! Qu'avais-tu dans la tête à cet instant ? Nous ne pouvons rien pour elle, nous ne possédons rien.
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Bruegel
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Histoire de Mârha
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Mârha intervint :
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— Si Mâ, vous avez un toit qui vaut mieux que celui du prince et deux cœurs plus vastes à eux seuls que ceux de tous les hommes de ce pays réunis. Si vous m'acceptiez dans ces murs jusqu'au matin prochain j'en serais heureuse et honorée. Je suis si fatiguée. Trois jours et trois nuits durant, j'ai été tenue prisonnière et n'ai pas réussi à laisser le sommeil m'emporter.
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— Reste si tel est ton désir, mais, sache-le, nous ne pourrons te nourrir.
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— Je le devine et je ne vous en prie pas, dit Mârha d'une voix douce, permettez-moi simplement de me reposer. J'ai juste besoin d'un lieu accueillant où m'étendre.
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— Là, dans ce coin, tu trouveras ma paillasse, mais elle n'est guère digne d'une princesse.
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— Parfait ! Je n'en suis point une.
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Et elle se dirigea vers l'endroit que lui avait désigné la vieille. Là, elle se coucha et sans plus de politesse s'endormit.
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— Où t'en vas-tu ? dirent en cœur la petite et la vieille en se pelotonnant l'une contre l'autre pour échanger la chaleur de leurs corps. Mais aucune réplique ne leur vint. L'étrangère disparut dans la nuit.
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Quelques minutes plus tard, elle revint les bras chargés de branches de bois sec.
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— Par quel miracle... commença la grand-mère, mais Mârha posa sa main sur sa bouche et suggéra de faire un feu plutôt que de chercher des réponses à d'inutiles questions.
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Les flammes rouge et jaune grandirent et une fumée âcre envahit la pièce avant de se disperser par un trou creusé dans le mur bas. La fillette se mit à rire du plaisir des effets de la chaleur sur sa peau.
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Georges de La Tour
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Histoire de Mârha
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— Dommage que nous n'ayons pas un morceau de viande à faire cuire, dit-elle pendant qu'un bruit singulier de gargouillis montait de son abdomen.
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Aussitôt, Mârha se leva et se dirigea vers le passage qui donnait sur la rue.
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— Où t'en vas-tu encore ? Répétèrent dans une même union la vieille et la petite.
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L'étrangère ne fit pas plus de réponses que la fois précédente. Elle sortit et peu de temps après, c'est avec un large sac rempli de victuailles qu'elle réapparut.
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— Par nos ancêtres ! s'exclama Mâ en découvrant toutes les bonnes choses à manger que leur hôte avait rapportées, qui es-tu donc ? Es-tu sorcière ? Es-tu fée ? Es-tu magicienne ? Explique-moi, je ne comprends pas.
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C'est par une question que l'étrangère répondit :
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— À quoi sert d'user de sa bouche pour en faire naître des mots quand tant de denrées ne demandent qu'à y entrer ?
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Elles dînèrent en silence et quand elles furent repues, comme il restait beaucoup de mets délicieux, la petite fille invita les voisins à venir piocher de quoi apaiser leur faim. De vieilles femmes édentées et des enfants décharnés défilèrent alors avant de repartir avec les bras chargés et le regard allumé.
Quand tous se furent servis, la grand-mère qui observait depuis le début de la distribution la jolie Mârha, n'y tenant plus, laissa la question qui la tourmentait depuis son arrivée, passer la barrière de ses lèvres.
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— Mais qui es-tu toi qui ne sembles venir d'aucune contrée connue ? Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui est pareil à toi. Tu vas, presque nue, parée d'or et il te suffit de sortir d'une maison pour trouver ce qui manque et que tous désirent.
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— Je suis d'un autre lieu et il est vrai que j'ai quelques pouvoirs merveilleux que je tiens de ma mère. Je ne puis t'en dire plus.
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— Mais si tu viens d'un ailleurs et que d'un geste tu peux commander aux choses, que fais-tu ici dans le plus triste des endroits de ce pays de désespoir.
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— Votre seigneur m'a dupé et a volé mon or et mon ânesse. Demain, j'irai les lui réclamer.
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Histoire de Mârha
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— Non, cria la fillette, il te fera tuer ! Tu n'imagines pas la cruauté des hommes de cette ville et celle de notre prince en particulier. Si tu savais ce que mes yeux, pourtant si jeunes, ont été amenés à voir, toi qui sembles être la favorite de la déesse de la chance, tu en serais horrifiée.
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— Ton cœur est bon, ma fille. Quel est donc ton nom ? Je me rends compte que je n'ai pas encore eu le plaisir de l'entendre.
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— Je m'appelle Sirana comme ma mère qui n'a pas survécu à la honte de m'avoir donné la vie sans avoir de mari. Voici son histoire. Mâ était présente au moment de ma naissance. Elle m'a raconté. Je venais à peine de sortir de la matrice que des hommes voisins ont forcé l'entrée de la maison. Ils se sont saisis de ma mère et l'ont traînée au-dehors où ils lui ont donné à goûter de leurs fouets. Lorsqu'ils en ont eu assez, ils l'ont laissée étendue dans la rue, les chairs déchirées et le corps sans vie, puis ils ont dit à Mâ que nous devions partir. C'est pour cette raison que nous vivons à présent dans ce quartier déshérité. Ici se rassemblent tous les bannis, tous ceux que la morale et la loi des hommes désapprouvent. Nous sommes nombreux, les ordonnances sont sévères et leurs applications souvent injustes. Je t'en prie, ne retourne pas au palais. C'est par le fait d'un prodige que tu as pu en ressortir sans que ton intégrité ait eu à payer un tribut. Va, profite des bienfaits de la chance et demain, à l'aurore, quitte cette ville, repars chez les tiens et ne reviens jamais. Tant pis pour ton or. Tant pis pour l'ânesse. Ta vie vaut plus. Encore une fois, je t'en fais la prière, fuis-t'en !
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Sur ces derniers mots, des larmes s'échappèrent d'entre ses paupières et glissèrent sur ses joues. Mârha tendit sa main et caressa un long moment le front de Sirana puis elle dit :
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— Je sais toutes ces choses et ce n'est pas le hasard qui m'a menée aux portes de cette cité, c'est la curiosité. Les récits sont innombrables à travers toutes les contrées qui témoignent des ignominies perpétuées par les mâles de votre peuple. Colportés par les marchands et les itinérants de tous genres, les histoires contant leurs infamies ont traversé les mers et tous les esprits évolués les condamnent. À présent que j'ai pu constater de mes yeux, j'écouterai ton conseil et demain, dès l'aube, alors que le sommeil t'habitera encore, je quitterai ta ville.
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Elle jeta un regard circulaire scrutant dans la lumière ténue des flammes le visage de la vieille que les ombres découpaient à grands traits puis elle reprit :
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